Pour un Royaume


Et devant mes yeux, je vis passer la guerre dans toute sa splendeur.

Rosa Luxembourg.

A la suite d’une altercation avec ma mère, ma fille, qui avait 7 ans ce moment là, me voyant accablée, me déclara très spontanément : «de toute façon, tout ça c’est à cause d’Hitler!». Dans un premier temps j’ai été très surprise par cette réflexion, puis j’ai trouvé son propos pertinent et juste. Si les guerres créent de nombreux dommages immédiats, les dommages collatéraux intragénérationnels, intergénérationnels et transgénérationnels sont également considérables. La deuxième guerre mondiale a bouleversé ma famille sur plusieurs générations. Mes grands-parents alsaciens ont vécu la guerre (interrogatoires par la gestapo, morts sur le front russe, morts en déportation, mort de maladie, les planques, privation de la liberté, le camp de Buchenwald, la jeunesse hitlérienne, la purge à la fin de la guerre, la recherche des disparus, la peur, le sang, le cimetière, les névroses familiales, le silence, l’angoisse d’être toujours pourvu de nourriture, les secrets, les traumatismes…), mes parents en ont été impactés, et d’une certaine façon je tente de comprendre et de poser des mots, des gestes et des couleurs sur ce qu’a subi ma propre histoire familiale en créant un projet artistique sur la guerre.

Dès lors j’ai développé progressivement, une sensibilité et des interrogations sur la thématique de l’identité, de l’exil mais aussi de la violence.

Il me semble évident de créer les paysages de guerre comme des fractures de la vie en période de paix. Je cherche à représenter l’expression de la violence mais aussi l’ambiguïté des situations de guerre. Alors je raconte l’individu, son sang, sa maison, son exil avec mes fils de broderie, ma peinture et ma gravure. Mon objectif est de raconter des histoires obscures avec du beau, du brillant et du précieux, broder l’ambivalence voir l’ambiguïté des allégories de la guerre et de l’exil avec des matériaux et une préciosité qui rappelle la vie.

Itération du malheur, fatalité du sacrifice :

Au temple de la Lune, la frénésie confine à la fureur, la rage sacrificielle est à son acmé. Le poids du ciel et la force de l’eau se sont unis pour déclencher la colère des vents et de la terre. Ai Apaec, dieu de la décollation furieuse, attend son cortège de suppliciés. Chez les Mochica, le courroux de l’Enfant de l’hiver exige que le sang coule. L’effroi des victimes face au couteau des prêtres ne pèse rien dans la grande balance cosmique. Les larmes ruissellent comme tombe la pluie en plein hiver. Las ! Les yeux au ciel, les prêtres feront tout pour que le courroux de l’Enfant de l’hiver s’apaise.

Explosion de la douleur, saturation de la couleur, le martyr des Mochica donnés en sacrifice à l’Enfant en colère annonce à travers les siècles, l’holocauste de leurs frères déportés à travers continents et océans et consumés dans les affres de la traite cotonnière.

Peine capitale, capitale de la douleur… paroxysmes.

Sasha Peters

Embrasement de la nuit, explosion du moi :

Au commencement est la nuit. Noire. A l’horizon de la conscience, il y a les ténèbres des émotions naissantes, le chaos obscur des affects en devenir. L’être est assailli par un flot tourmenté de pulsions indistinctes.

Puis se dessine au cœur de la conscience un sentiment délié : il est comme une lueur colorée qui peu à peu gagne en intensité. Amour, colère, indignation, le sentiment prend forme, force et vigueur et il finit par dissiper l’obscurité pour celui qui le ressent.

Mais à terme, il prend tout l’espace. L’obscurité est toujours là pourtant, mais la conscience est saturée par les couleurs de l’émotion.

Les couleurs se concentrent encore et voilà : Il n’y a plus que l’émotion. Si forte que la conscience éclate en mille morceaux. Subie, l’émotion devient invasion. L’amoureux, le furieux, l’indigné est littéralement « hors de soi », projeté au-delà de ses limites par l’incandescence de l’explosion pulsionnelle.


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